26 septembre 2007
L'automne est là
En pyjama depuis 17h, toute larmoyante et le nez qui coule...
Je suis patraque et j'aime pas ça, ça sent la crève qui rapplique à grands pas. Envie de dormir, de dormir, de dormir...
J'ai toujours pas parlé de mon entrevue de la semaine dernière avec mon directeur de mémoire. Je réfléchis, je réfléchis. Je m'ennuie aussi. Une vie sans grand suspense, sans grande folie.
Vivement les vacances.
22 septembre 2007
La semaine fut sportive...
Fin de semaine en fanfare. Je hais les vendredis après-midi, quand les collègues les plus anciens sont déjà en week-end, et que les élèves hurlent et se battent dans les couloirs. "Madaaaaaaaaaameeeeeeeeeeeeeee !!! C'est le week-end bientôt !!!" Oui, nous sommes atroces de les faire travailler à ce moment de la semaine. C'est surtout atroce pour nous, en fait !
Les 4e sont toujours aussi sauvages et me fatiguent, même si je n'ai maintenant qu'un petit groupe. "Madame, ça pète trop d'être avec vous !" Je déteste quand ils font leurs fayots, je les préfère presque hostiles, ils tiennent moins chaud. Au moins, ils ne prennent pas les punitions comme une trahison de notre part.
Sinon week-end à corriger des copies de 6e (l'éclate la plus totale) et à se geler. Il a plu toute la journée.
Statu quo au collège, mais les choses ont quelque peu progressé. Mme Bientôt-Divorcée suspecte tout le monde depuis qu'elle a appris qu'une collègue voyait toujours son mari et le renseignait. Apprenant cette nouvelle, je n'ai pu m'empêcher de trembler. J'ai donc pris le taureau par les cornes et fait venir Futur Divorcé pour lui dire de ne parler sous aucun prétexte, même la colère. Il était content de me revoir et pensait que je m'étais rangée du côté de sa femme et avais tout raconté. J'ai eu du nez, tiens, j'ai évité une gaffe. Sinon, c'était assez pathétique et sordide d'apprendre tout ce qui s'était passé entre-temps. Ça ne vole pas haut entre eux. On dirait qu'ils ont dix ans. Plus je vieillis et plus je me rends compte qu'on peut être naïf et bêbête à n'importe quel âge. C'est surtout leur côté bourgeois qui puent le fric qui m'exaspère ; c'est ce grand égoïsme qui les a tué. Tant pis pour eux.
Bon, je flippe un peu, j'ai 27 ans dans une semaine... Gloups ! Ça me fait rien, et en même temps, ça me bouleverse.
18 septembre 2007
Que fais-je ici ?
Après une matinée à dire aux 6e : "On sort son tube de colle, on prend la deuxième feuille dans la partie exercices, et on colle dessus la fiche que je vais vous distribuer. Non, on ne sort pas les ciseaux, pas besoin de la redécouper. Allez, on perd pas de temps. Mélissa (/Lolita/Asma/Thomas/Nicolas), tu as une question à poser ? Non, alors tu te tais", matinée si loin de celles passées il y a maintenant 4 et 5 ans (tant que ça ?!), à penser : "Euripide-Rousseau-Illusions perdues-subordonnées en ut-thèse-antithèse-synthèse-où est ma problématique ?-quel est l'aoriste de τυγχάνω ?", j'étais en train de réfléchir à ce qui avait pu me pousser vers ce métier.
J'avais 5 ans la première fois que j'ai dit que je voulais être "maîtresse". Comme toutes les petites filles, rien de bien original. Sauf que ça ne s'est pas arrangé après l'entrée en 6e. J'installais toutes mes peluches deux par deux, je notais les absents dans un vieux cahier, je les collais, je les envoyais à l'infirmerie. Je leur enseignais à l'époque l'anglais, parce que je découvrais avec bonheur la fascination de parler une autre langue. J'enregistrais des cassettes pour faire comme en cours, en m'efforçant d'avoir le meilleur accent. Je parlais anglais à ma classe. Tout se gâtait quand, lassée de ces élèves sans vie, je demandais à mon frère de faire partie de la classe... A ce jour, c'est le seul de mes élèves à m'avoir mordue !
Puis j'ai découvert le latin en 4e, et j'ai eu l'impression de découvrir une autre partie de moi. Désormais, je savais ce que je deviendrais. Les personnages mythologiques étaient ma famille. Mon seul regret fut de ne pouvoir débuter le grec au lycée, parce qu'il fallait choisir entre latin et grec. Et oui, pas trop de langues anciennes d'un coup, il faut pas pousser ! Mais au lycée, j'ai découvert pour de bon la littérature, après un combat acharné pour échapper à la filière S ("Ben oui, t'es douée en maths, tu pourras toujours faire des lettres après..." Les imbéciles ! J'avais trop soif de textes pour accepter de passer mes journées à compter. Je voulais lire, moi !).
Je n'ai donc jamais douté de mon chemin. Je l'ai tracé très tôt, et heureusement, suivi sans détours. J'ai pris un plaisir immense à toutes ces années de lecture, de versions, de thèmes. J'avais soif d'apprendre.
Et je suis enfin devenue prof. Il y a 3 ans qu'on m'a délivré le sésame. Mes jambes tremblaient devant la feuille des admis. Je ne trouvais pas mon nom, m'agaçais. Puis je l'ai lu. Et j'ai pleuré. Une nouvelle vie commençait.
Désormais, je n'ai plus ni Babar ni Snoopy ni Popples assis face à moi. Désormais, je mets des notes dans des dossiers scolaires qui construisent de vraies vies. Désormais, je me mets en colère pour de vrai, parce qu'ils me gonflent, parce qu'ils n'ont pas l'envie d'apprendre que j'avais, et que partageaient avec moi Minnie et Emilia la souris bleue (Snoopy était au contraire du genre cancre, il en faut aussi ! Mais on le collait et on avait la paix... *soupir*).
La réalité est bien différente de ce que j'avais imaginé. Plus jeune, je prenais un tel plaisir à apprendre que j'avais envie de procurer ce plaisir à d'autres, parce que je pensais que c'était simple à transmettre : j'aimais, tout le monde devait aimer. Mais ce n'est pas parce qu'on aime les épinards que tout le monde les aime ! Et le plus dur actuellement pour moi, c'est de trouver la béchamel qui va leur faire manger des épinards, parce que moi, je les mange sans.
J'ai voulu faire ce métier pour procurer du plaisir aux gens, parce que l'école m'amusait, en ne sachant pas que l'école est le plus souvent douleur pour ces petits et grands bouts, qui luttent contre les mots, en ignorant que l'école souvent vous montre que vous êtes nuls, que vous ne valez rien. Elle m'a construite, mais elle les détruit ; et je n'avais pas vu que son pouvoir pouvait s'inverser. Je ne savais pas que se sentant détruits, ils voudraient la détruire à leur tour, et moi avec...
Aujourd'hui, je cherche ma place dans l'école, dans cette vaste machine, en me disant que je peux peut-être éviter qu'elle n'en brise quelques-uns. Je suis dans l'école, et tellement au-delà, puisque bien souvent ils sont déjà brisés sous leur toit. La tâche est infinie, et je peux si peu... surtout quand l'école se retourne contre moi à son tour, me balançant au gré du vent, et me criant de sa grosse voix : "tu es titulaire, hein, on compte sur toi, mais il va falloir te promener, loin, très loin, et faire ta place là où tu ne seras que de passage !".
Aujourd'hui, je lis beaucoup moins. Je m'enflamme moins sur les beaux textes qui nous entourent, et j'ai peur de régresser. J'ai laissé tomber mon master, mon seul lien avec le bonheur d'apprendre. J'ai l'impression de l'avoir perdu. Beaucoup de doutes, beaucoup de temps perdu...
Mais des lueurs d'espoir, brèves, infimes, dans le regard des élèves à qui je raconte, exaltée, le passage des Alpes d'Hannibal et ses éléphants, à qui je montre quelques lettres grecques au tableau, à qui je lance d'un sourire un encouragement pour l'exercice suivant. Je sais mes défauts, je sais que je suis trop tendre. Mais j'ai dans mon sac une tonne de connaissances accumulées dont la moindre poussière suffit à les métamorphoser en statues bouche bée.
C'est imparfait, fatiguant, mais pourvu que ça dure, et que ça ne devienne pas pire...
17 septembre 2007
Du boulot, du boulot, et une atmosphère pesante
Premiers incidents de l'année : un élève de 6e exclu pour cassage de gueule sur une camarade + introduction d'un marteau dans le collège ; des élèves artistes qui étalent leur meilleure prose sur les capots de voitures sales.
............ Moi je préfère ne pas savoir ce que mes 6e apportent dans leur cartable, et j'ai lavé ma voiture pour éviter de tenter les écrivains.
Tout se poursuit, dans le calme et l'apathie. Mais tout est trop calme, beaucoup trop calme. La salle des profs est une cocotte minute qui va bientôt exploser.
J'ai de plus en plus de mal à supporter la collègue d'ambition réussite qui vient faire cours avec moi pour l'instant et n'a pas du tout la même façon de voir les choses que moi. Je trouve qu'elle les materne trop et leur parle comme à des débiles. Je me trompe peut-être. Peut-être ai-je du mal à partager l'espace de ma salle de classe.
Ma collègue habite depuis ce week-end avec son nouveau. Elle habite donc au collège, ce qui est très singulier. Je la trouve de plus en plus bizarre, et de plus en plus dangereuse. Dès qu'elle le pourra, elle me poignardera. Je ne fais que me méfier.
J'attends. Une chose est sûre, tout va s'accélérer et péter avant Toussaint. La seule inconnue, c'est comment tout va arriver. Ce qui m'embête, c'est que je risque d'être atteinte dans mon boulot, puisque c'est la seule prise que je laisse. Ça risque de me secouer. Tant pis.
Envie de m'évader, de vivre dans le rêve. Envie d'Apollon, même s'il n'est plus qu'un lointain fantôme. Envie de débarquer là-bas et repartir dans la foulée.
Un peu de légèreté avant de dormir et conclusion cinématographique, après avoir vu La Vengance dans la peau : Matt Damon est vraiment un beau garçon, un très beau garçon... Si vous trouvez son sosie, pas trop bête et célibataire, prière de me l'envoyer. Je vous en saurai gré.

07 septembre 2007
De nouveau dans le bain
Ça y est, je les ai tous vus ; ça y est, c'est reparti !
- D'abord mes petits 6e, mes protégés, puisque je suis leur PP. Leur lenteur m'agace, leur candeur m'attendrit, leurs petits visages inquiets m'amusent, leurs situations familiales me donnent envie de pleurer. Je me sens liée à eux : premiers pas de PP 6e pour moi, premiers pas au collège pour eux. Mes collègues disent beaucoup de bien d'eux. Moi je n'ose en dire dès maintenant, de peur d'avoir à le regretter ensuite ; ils peuvent se réveiller... Mais j'avoue que je les aime beaucoup... Je pense qu'ils me marqueront autant que ma classe de 2nde lorsque j'étais stagiaire.
- Ensuite mes latinistes de 5e. 6 inscrits en juin, j'en découvre 7 avec joie maintenant. Des petits mignons comme tout, avec (pour l'instant) une curiosité sans bornes. Eux, je vais les adorer !
- Enfin, mes latinistes de 3e, les 4e que j'ai laissés en juin. Égaux à eux-mêmes et nous avons été heureux de nous retrouver (même si j'apprends aujourd'hui que l'une d'entre eux veut arrêter en douce...).
- Bon, le tableau n'est pas tout rose... Il faut ajouter les 2 classes de 4e que j'ai en dédoublement avec ma collègue. Comme elle était absente aujourd'hui, j'ai accueilli une des 2 classes entière, de 16 à 17. Je n'ai pas été déçue... Le niveau 4e est problématique cette année chez nous. Aujourd'hui, j'ai vu une vraie classe de ZEP ! Ces élèves sont fous, complètement fous, enragés ! Je ne sais pas si j'ai bien géré les choses ; j'ai réussi malgré tout à travailler. Mais rien de bien violent... Des élèves en très grande difficulté. Extrait d'une fiche de renseignements : "j'arive pas a fait me devoir tout cela la maison". Et là, on se sent impuissant...
Donc une rentrée positive. Je me sens à ma place ; pour la première fois et pour ma quatrième rentrée, je ne doute pas. Tant mieux. J'apprécie de faire partie des meubles au collège ; ça aide bien d'avoir enfin une réputation dans un établissement (et elle ne doit pas être trop mauvaise, apparemment).
Le feuilleton du collège se poursuit. La révolte arrive lentement, mais sûrement. Je tente de rester spectatrice.
Sinon, quelques petites soirées tranquilles avec A. Films et confidences. J'ai besoin de le voir, mais difficile d'ignorer ses sentiments pour moi.
Bref, la routine, une bonne routine.
05 septembre 2007
Je reviendrai raconter la rentrée, mais entre le boulot et un sale virus qui m'a pris beaucoup de temps, j'ai du retard ! Si je ne m'étends pas, c'est aussi que ça peut aller.
02 septembre 2007
C'est presque reparti !
Va falloir s'y remettre demain... Pas très envie, des difficultés à s'organiser de nouveau. Enfin, ma séquence pour les 6e est à peu près bouclée.
Et puis j'ai passé la soirée avec mon chef hier, je suis déjà dans le bain ! C'était rigolo, on va dire, très singulier surtout. Enfin, la seule info digne d'intérêt, c'est que mes intuitions sont bonnes : je paie le fait de rester par un emploi du temps pourri. Il m'a déjà avoué que j'avais les latinistes un jour de 17 à 18... Ouais ! On sera les seuls à avoir cours, on pourra jouer à cache-cache dans les couloirs, ça va être trop bien ! Si après ça on a encore des latinistes l'année prochaine, c'est que je leur aurai fait de très gros chèques...
01 septembre 2007
Une rentrée qui s'annonce mouvementée
Petit message vite fait avant que Morphée n'ait raison de moi.
Cet après-midi, je suis allée faire mon tour au collège et j'ai croisé quelques collègues. Rigolo de se retrouver au même endroit pour la deuxième année consécutive. Tout à fait normal, mais c'est la première fois que ça m'arrive. Et j'apprécie !
Mais j'ai pu constater que tout ne serait pas facile cette année, loin de là. L'ambiance est très très particulière. Quelques-unes de mes observations :
- Chef et Future Divorcée se comportent comme des 4e (le niveau le plus cul-cul, c'est bien connu), à se dévorer des yeux et se charrier devant tout le monde.
- Future Divorcée est souriante, gentille, adorable, rigolote... mais il faut se méfier d'elle comme de la peste et du choléra (et de la grippe aviaire, et des cors aux pieds, et des aphtes... bref). Elle veut tellement être gentille qu'elle ne dit jamais les mêmes choses aux gens, cache beaucoup de choses, et est, en réalité, plus hypocrite qu'adorable. Elle a menti effrontément devant moi, faisant mine d'ignorer ce qu'elle a été la première à savoir, a été démasquée par un collègue, qui lui a dit : "mais si, tu sais bien", tout ça pour une histoire d'emplois du temps et de refonte de classe, à cause de mes latinistes, encore une fois. Future Divorcée gravite dans les hautes sphères maintenant, a l'emploi du temps qu'elle veut, les classes qu'elle veut, aux autres de se débrouiller. Tout ça me fait beaucoup de peine pour une gentille-collègue-pas-aussi-attrayante-physiquement-que-Future Divorcée-et-beaucoup-plus-grande-gueule qui se récupère toute la m****. C'est très caricatural, malheureusement. Moi j'ai cru comprendre que mon emploi du temps serait plus que nul, mais qu'il ne faudrait pas se plaindre, car Chef s'est battu pour que je reste...
- Future Divorcée parle trop, à tout le monde. Elle montre à tous qu'elle récupère des cartons pour son déménagement. Elle se moque de la personne qui vit encore chez elle. Beau Gosse a des torts, mais ce qu'elle fait et dit ne se fait ni ne se dit. J'ai un peu mal pour lui. Mais Future Divorcée est versatile de toute façon : elle a passé un grand moment à faire des cachotteries avec Prof d'anglais-très bavarde, dont elle s'était ouvertement moquée devant moi.
Conclusion : la révolte n'est pas loin. Les privilèges de l'une et la tête dans les nuages de l'autre mettront le feu aux poudres.
Mais on va rire demain : la collègue avec qui j'avais été invitée début juillet (celle qui se ramasse ce dont l'autre ne veut pas) nous invite à son tour, et Chef vient...
... Ou comment créer des situations sans queue ni tête !
PS : juste avant dodo, en réponse à melle Philo : l'an prochain, les quelques latinistes de 5e, les quelques de 3e (ceux que j'avais l'an dernier), une classe de 6e en français, dont je serai prof principale, et du soutien et dédoublement pour le reste.


